TradiNews

Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

26 septembre 2016

[Yves Chiron - Aletheia] Un nouvel "évêque indépendant"

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 1er septembre 2016

L’Église a connu depuis les premiers siècles des vagantes : prêtres d’origine diocésaine sans incardination, prêtres réguliers en rupture de communauté, évêques consacrés en rupture avec le Saint-Siège, en infraction des règles canoniques ou à la succession apostolique douteuse. 

Le latin Episcopus vagans est parfois traduit en français par l’expression évêque vagabond, ce qui traduit mal la rupture de l’unité catholique qu’introduit un sacre sans mandat pontifical ou, plus grave encore, un sacre accompli malgré l’interdiction du Saint-Siège – ce fut le cas des évêques ”constitutionnels” sacrés sous la Révolution française ou des sacres accomplis par Mgr Lefebvre en 1988.

Les consécrations épiscopales conférées à l’encontre de la discipline ecclésiastique sont ”illicites” mais pas toujours ”invalides” et toutes n’aboutissent pas à la création d’”églises” autocéphales. Le P. Chéry, o.p. [1902-1977] parlait de « petites Églises françaises » dans L’Offensive des sectes (Cerf, 1954 ; 3e éd., 1959).
  
Aujourd’hui pour désigner les communautés issues de sacres illicites ou invalides, prévalent, chez les historiens et les sociologues, les expressions ”églises parallèles”, ”églises indépendantes” ou ”églises catholiques non romaines”. Le terme ”églises” employées pour désigner ces communautés est, du point de vue de l’ecclésiologie catholique, inadéquat [note 1].
  
La dénomination ”évêques indépendants” adoptée par le sociologue des religions Jean-François Mayer et que l’on trouve chez certains auteurs anglo-saxons (independent bishop et aussi bishop extraordinary) est peut-être plus exacte. Mais ces expressions, plus neutres, ne disent rien de la succession apostolique, de la communion avec le Saint-Siège, de la validité des consécrations accomplies.
  
On pourrait parler plus simplement de ”lignées épiscopales non-canoniques », qu’elles aient abouti, ou non, à la constitution d’”églises” autocéphales.
  
Depuis quelques années se développe une nouvelle lignée épiscopale non-canonique, qu’on peut appeler la lignée williamsonienne. Depuis le 19 mars dernier elle compte un nouvel évêque.
Dom Thomas d’Aquin
Miguel Ferreira da Costa est né à Rio de Janeiro en 1954. Dès son adolescence, la rencontre qu’il fit de l’écrivain catholique brésilien Gustavo Corção [1896-1978] et la formation qu’il reçut de lui furent décisives dans l’éveil de sa vocation religieuse. Entré en 1974 au prieuré bénédictin de Bédoin fondé quatre ans plus tard par Dom Gérard [1927-2008], il y reçut le nom de religion de Thomas d’Aquin. Il fit sa profession religieuse le 28 octobre 1976 et fut ordonné prêtre à Écône par Mgr Lefebvre le 27 juin 1980.

Il est à noter qu’il fut le seul moine de Bédoin puis du Barroux à avoir reçu une partie de sa formation au séminaire d’Écône : pendant un an en 1984-1985 – il était déjà prêtre. 

En mai 1987 il fut parmi les fondateurs du monastère de Santa Cruz au Brésil, première fondation du Barroux et il en fut nommé prieur délégué par Dom Gérard. En 1988, après les sacres accomplis par Mgr Lefebvre et Mgr de Castro-Meyer, il refusa de suivre Dom Gérard dans sa démarche de réconciliation avec Rome et de retour à l’unité catholique. Sous l’influence de laïcs brésiliens très attachés à Mgr Lefebvre, et avec l’appui de certains pères et frères du monastère de Santa Cruz, il rompit brutalement (jusqu’à la violence) avec Dom Gérard et avec le monastère du Barroux.

Sans retracer l’histoire du monastère de Santa Cruz depuis la rupture avec Dom Gérard (août 1988) jusqu’au sacré épiscopal accepté par Dom Thomas d’Aquin (19 mars 2016), on doit relever que celui-ci, après avoir adopté les positions et décisions prises par Mgr Lefebvre en 1988, s’est montré, à partir du début des années 2000, de plus en plus critique à l’égard des positions et décisions exprimées par la Fraternité Saint-Pie X. 

Mgr Fellay, après le Jubilé de l’an 2000, avait accepté d’engager des discussions avec le Saint-Siège. Selon Dom Thomas d’Aquin, aucun rapprochement avec Rome et aucune « solution » n’étaient possibles tant que le concile Vatican II – qu’il considère comme « la plus grande catastrophe de l’histoire de l’Église depuis sa fondation » – restera « la référence privilégiée ».

Sous le pontificat de Benoît XVI, malgré le motu proprio « libérant » la messe traditionnelle (7 juillet 2007) et la levée des excommunications qui frappaient les évêques sacrés par Mgr Lefebvre (21 janvier 2009), Dom Thomas d’Aquin est resté hostile à tout accord avec Rome.

La rupture avec Mgr Fellay, supérieur général de la FSSPX, fut rendue publique en 2012. La position maximaliste de Dom Thomas d’Aquin n’était pas isolée. Elle était partagée par les religieux d’inspiration dominicaine d’Avrillé, par certains prêtres de la FSSPX et Mgr Williamson, un des 4 évêques sacrés par Mgr Lefebvre.

C’est ce front du refus qui a constitué, le 15 juillet 2014, l’Union Sacerdotale Marcel Lefebvre (USML), patronnée par Mgr Williamson et composée à l’origine de 18 prêtres (issus de la FSSPX ou religieux).

Le 19 mars 2015, l’USML s’est dotée d’un évêque : Mgr Williamson a sacré évêque l’abbé Jean-Michel Faure, prêtre qui avait été ordonné par Mgr Lefebvre en 1977 et avait exercé différentes responsabilités dans la FSSPX en Amérique du sud.

Dans une brochure publiée par l’USML à l’occasion du sacre de Mgr Faure [note 2], Dom Thomas d’Aquin justifiait ce nouveau sacre sans l’accord de Rome en estimant qu’il était nécessaire « pour assurer la continuité de l’oeuvre de Mgr Lefebvre » (mise en péril par « la tendance accordiste de Menzingen ») et parce que « la situation reste essentiellement la même qu’en 1988. La Rome moderniste qui s’est manifestée au Concile reste en place et devient de plus en plus moderniste et libérale. »

Un an plus tard, le 19 mars 2016, lui-même recevait la consécration épiscopale des mains de Mgr Williamson, avec Mgr Faure comme co-consécrateur.

Ainsi se développe une lignée épiscopale non-canonique williamsonienne, comme il y a depuis 1976 une lignée thuciste et depuis 1988 une lignée lefebvriste.

Que des évêques issus de ces lignées épiscopales non-canoniques retrouvent un jour la communion avec Rome, la chose n’est pas impossible. L’exemple de Mgr Rangel [1936-2002] l’atteste. Il fut consacré le 28 juillet 1991, sans l'accord de Rome, par Mgr Tissier de Mallerais, assisté de Mgr de Galarreta et de Mgr Williamson. Un an plus tard, le 15 août 2001, Il s’est réconcilié avec le Saint-Siège.

Mais l’histoire de l’Église montre que ces lignées épiscopales non-canoniques perdurent dans le temps et souvent se constituent en églises autocéphales.

YVES CHIRON
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1 L’expression ”Églises indépendantes” est employée, notamment, par Jan Steperov dans sa nomenclature très précise (quoique incomplète) : La Succession apostolique dans les Églises catholiques, Mission Sainte-Rita, 1992, 111 pages. Jan Steperov était le pseudonyme de Mgr Jean Prévost (mort en 1999). Il avait été sacré évêque en 1953 par Mgr Maas, de l’Église vieille-catholique de l’Union d’Utrecht, puis il avait fondé en 1964 l’Église Gnostique Chrétienne. Il a consacré à son tour au moins 6 évêques entre 1956 et 1992.
L’expression ”Églises catholiques non romaines” est employée par Bernard Vignot dans un Répertoire qu’il a publié à compte d’auteur à partir de 1982 et qui est mis à jour régulièrement. Il est à noter que Bernard Vignot est prêtre vieux-catholique de l’Union d’Utrecht. Dans les deux ouvrages sur le même sujet qu’il a publiés aux éditions du Cerf, il a adopté une autre qualification : Les Églises parallèles (1991) et Le Phénomène des églises parallèles (2010).
  
2 U.S.M.L., Opération survie. Le Sacre de Mgr Jean-Michel Faure, 2015, 33 p.

25 septembre 2016

[Guillaume de Thieulloy - Le Salon Beige] A propos de la "fachosphère" et du "magnat catho"

SOURCE - Guillaume de Thieulloy - Le Salon Beige - 24 septembre 2016

Le quotidien ex maoïste Libération a publié récemment un dossier – avec appel en “une” s'il vous plaît! - sur ce qu'il appelle la « fachosphère ». Le Salon Beige et votre serviteur ont les honneurs douteux de ce dossier, notamment dans un encadré intitulé « Guillaume de Thieulloy : le magnat catho ».

Bien des amis m'ont fait suivre cet encadré. J'ignorais d'ailleurs qu’autant de lecteurs de Libération étaient par ailleurs amis du Salon Beige – à la place de la direction de ce quotidien de la nomenklatura, je m'inquiéterais...

Cet encadré est à la fois charmant et lunaire. Charmant, parce que je pourrais difficilement recevoir davantage de fleurs d'un quotidien d'extrême gauche : « Citizen Kane », « magnat catho », « familier des milieux pro-vie américains »... Mais lunaire parce qu'on me prête des compétences que je n'ai pas (hélas). En particulier, j'aimerais beaucoup être un « magnat », un « Citizen Kane » ou diriger un « lobby “familialiste” en mesure d'influer sur la droite », mais je vois bien que nous n'y sommes pas et que beaucoup de travail nous reste à accomplir pour cela...

Soit dit en passant, il est tout de même assez cocasse que le quotidien “anarcho-bancaire” fasse mine de trembler devant un « magnat catho ». Il n'est pas nécessaire d'être très informé sur la réalité de la presse française pour savoir que la grosse finance n'est pas exactement chez nous...

Ces coups d'encensoir, doublés de jeux puérils du type « fais-moi peur, les “réac” sont aux portes du pouvoir », me laisseraient de marbre s'ils ne contribuaient à accréditer des erreurs manifestes.

La première de ces erreurs tient, bien sûr, à l'usage du terme « fachosphère ». Si le mot avait un sens, il devrait signifier que tous les sites mentionnés dans ce dossier de prétendue investigation, soutiennent la doctrine fasciste. Or, même les plus ignorants en matière d'histoire des idées politiques savent que le fascisme est un nationalisme doublé d'un socialisme. Il se trouve que je ne suis pas nationaliste au sens post-1789 du mot (je suis, comme dit M. Albertini, un « royaliste revendiqué » !), ni, moins encore s’il est possible, un socialiste. Je vois donc mal comment je pourrais être fasciste. Je ne vois pas davantage comment un site internet animé par des laïcs catholiques pourrait l'être. Je ne sais pas ce que la rédaction de Libération connaît des encycliques pontificales, mais nous sommes, quant à nous, des lecteurs et des disciples deMit brenneder Sorge (contre le national-socialisme) et de Non abbiamo bisogno(contre le fascisme) autant que de Divini Redemptoris (contre le communisme). Ces journalistes, à la fois soumis à la haute finance et à l'idéologie marxiste-léniniste, seront peut-être surpris de l'apprendre, mais il est parfaitement possible d'être à la fois anti-fasciste et anti-communiste – et c'est notre cas à nous !

Mais peut-être aussi ces approximations ne tiennent-elles qu'à la souveraine indifférence à la vérité qui marque ce quotidien, patronné naguère par Sartre, le seul philosophe de l'histoire de l'humanité à avoir suggéré de camoufler la vérité (en l'occurrence sur la monstruosité concentrationnaire communiste) pour ne « pas désespérer Billancourt ».

En attendant, je trouve, quant à moi, que Libération a l'amalgame sélectif.On nous intime l'ordre de ne pas pratiquer l'amalgame entre islam et islamisme, sans nous donner le plus petit élément de réflexion sur la condamnation de l'islamisme par l'islam (il est vrai que les prédécesseurs de la rédaction actuelle de Libération nous invitaient déjà avec insistance à “ne pas faire d'amalgame” entre l'excellent marxisme-léninisme et le regrettable accident du stalinisme...). Pour les dissidents, l'amalgame est parfaitement légitime : peu importe qu'il y ait bien peu de liens personnels ou idéologiques entre les différentes chapelles de cette prétendue « fachosphère », nous en sommes tous – c’est une affaire entendue – de zélés zélotes!

Dans ce dossier improbable, notre confrère Pierre Sautarel, de Fdesouche, répond très justement et euphémiquement : « Notre seul point commun, c'est vous, les médias. Votre réaction nous apporte la cohésion idéologique que l'on n'a pas forcément. »

Au demeurant, tant qu'à faire de “l'amalgame”, pourquoi ne pas parler de tous les médias ? Si l'on dit que la « fachosphère » est une « arme d'intoxication massive », il faudrait préciser qu'elle n'arrive pas à la cheville, en ce domaine, de la grosse presse. Ce n'est pas Fdesouche, que je sache, qui titra : « C'est la fête » quand les Khmers rouges prirent Phnom Penh. Ce n'est pas Boris Le Lay qui mit au point la fabuleuse intox des couveuses de Bagdad. Ce n'est pas non plus le Salon Beige qui demanda à la Propaganda Staffell'autorisation de reparaître sous la “bienveillante” tutelle nationale-socialiste… À supposer que nous soyons effectivement des « intoxicateurs », nos merveilleux confrères de la presse aux ordres nous rendraient donc aisément des points !

Ce qui m'a le plus amusé, je dois le confesser, dans l'encadré de Libérationme concernant, c'est cette pique grossière : le Salon Beige serait devenu un « incontournable carrefour » d'une partie des manifestants de La Manif pour Tous « au grand dam de la direction du mouvement, où l'on déplore en privé “le positionnement intégriste, limite FN” du site ». C'est beau comme l'antique...

Naturellement, nous ne saurons rien sur cette « direction du mouvement ». C'est tellement plus facile de “citer” ce genre de petites saletés sans dire de qui elles viennent. Puisque personne n'est nommé, personne ne peut dire non plus que c'est faux. C'est plus commode...

Dominique Albertini m’avait déjà fait le coup, lorsqu'il m'avait interrogé voici plusieurs mois, me demandant ce que je pensais de la direction de LMPT. Comme j'étais un peu éberlué de la question – il me semblait que la lecture la plus superficielle du Salon Beige laissait deviner que nous n'étions pas exactement des adversaires de LMPT ! –, il me “précisa” que certains dirigeants disaient que La Manif pour Tous n'avait rien à voir avec le Salon Beige. Je ne suis pas bien malin, mais cela me semblait un peu trop “téléphoné”. J’imaginais déjà mon interlocuteur enregistrer avec gourmandise une phrase énervée de ma part, qui aurait ensuite pu servir à jouer le même jeu avec Ludovine de La Rochère (sur le thème: écoutez les vacheries que Thieulloy dit sur vous, qu’en pensez-vous...). Est-il besoin de préciser que, si j'avais une divergence avec Ludovine, c'est à elle que j'en parlerais, pas franchement à un journaliste deLibération – auquel je dois avouer que je ne voue pas une confiance illimitée. J'avais donc, à l'époque, botté en touche en disant en substance : J'ignore si la direction de La Manif pour Tous dit qu'elle n'a rien à voir avec le Salon Beige, et j'en doute fort, mais je peux vous dire, en revanche, que le Salon Beige a tout à voir avec La Manif pour Tous!

Pensent-ils vraiment qu'il soit si aisé de nous “amalgamer” avec des gens que nous connaissons à peine et de nous opposer à des amis ? Croient-ils vraiment que nous soyons si bêtes que nous nous déchirions sous leurs yeux, pour leur plus grand plaisir ?

D'ailleurs, vous, amis lecteurs, qui connaissez tout de même un tantinet mieux LMPT et le SB que les journalistes du microcosme parisien, cela vous semble-t-il vraisemblable que quelqu'un, chez nous, parle de « positionnement intégriste, limite FN » ? Évidemment non. Nous savons bien tous ce qui semble mystérieux aux savants experts que les deux sujets sont à des années-lumière – et de plus en plus à mesure que le “lobby catho” au sein du FN est de plus en plus réduit. Peut-être que dans les années 1980, on pouvait effectivement dire quelque chose comme cela : il existait une véritable tendance “catho tradi” au sein du FN. Les deux sphères étaient déjà à cette époque fort distinctes, mais on pouvait à la rigueur comprendre ce genre d'approximation. Aujourd'hui, je conseille à M. Albertini de demander à Mme Montel, eurodéputée FN, ce qu'elle pense du Salon Beige - qui la “tâcla gentiment” sur le « droit inaliénable à l'avortement ». Peut-être pourra-t-il aussi retrouver sur Twitter les déclarations de M. Philippot disant que le Salon Beige était « un torchon d'extrême droite »...

La réalité, c'est que nous avons effectivement des amis au FN et des amis aux LR, mais beaucoup plus encore en dehors de tous les partis!

Je n'ai pas encore lu le livre de Dominique Albertini qui donne l'occasion de ce dossier farfelu, mais j'avoue que ce que j'en vois dans les commentaires médiatiques me laisse craindre une absence inquiétante de sens commun – on me dit que le livre est plus sérieux et plus factuel que ces commentaires loufoques, mais j’attends d’en juger par moi-même.

En tout cas, et en attendant, je répondrai trois choses principales sur ce dossier.Tout d'abord, il n'existe pas, à ma connaissance, d'union des blogosphères alternatives (en tout cas, nous n'en sommes pas membres et n'y avons jamais été invités !). Ensuite, quand bien même cette prétendue « fachosphère » existerait, elle serait à des années-lumière d'avoir la capacité d'influence de France Télévisions, de l'AFP ou du Monde. Or, que je sache, personne, dans la nomenklatura, ne semble s'inquiéter du poids excessif de ces médias dans le débat public. Je rappelle même, au passage, qu’au contraire des blogues dissidents, ces gros médias sont largement financés par nos impôts. Enfin, en admettant que ces blogosphères dissidentes soient effectivement unies et influentes, cette influence ne serait que culturelle et métapolitique, pas encore politique à proprement parler…

Bref, j’avoue que la lecture de ce dossier m’a diverti. Mais j’en retiens une chose, en attendant de lire l’ouvrage que j’espère plus sérieux et plus précis :le développement de la dissidence, diverse, multiple et parfois même contradictoire, notamment sur internet, inquiète l’oligarchie – sans quoi elle ne parlerait pas de nous. Comme disait le président Mao, qui fut davantage maître à penser de bien des journalistes de Libération que des rédacteurs du Salon Beige, « être attaqué par l’ennemi est une bonne chose et non une mauvaise chose ». Si l’oligarchie s’inquiète, c’est que nous sommes sur le bon chemin. Continuons donc. Sans rien lâcher…

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon beige

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Mgr Lefebvre et Rome

SOURCE – Le Seignadou – octobre 2016

Je vous avais promis quelques objections, et les réponses que nous pouvons y faire.

Voici donc la première objection, qui est peut-être la seule vraiment sérieuse, celle des déclarations de Mgr Lefebvre affirmant, principalement après 1988, vouloir attendre la « conversion » de Rome avant de reprendre des démarches pour une réconciliation. Cette position est habituellement présentée sous cette formule : pas d’accord pratique avant un accord doctrinal.

Cela est vrai et bien connu, mais Mgr lui-même reconnaissait que cela prendrait du temps, beaucoup de temps, et qu’il faudrait attendre les signes de la Providence pour discerner le moment opportun. Et en cela, il s’en remettait totalement aux supérieurs de la Fraternité, ne cessant de nous répéter : pour moi, c’est fini… vous avez vos évêques, vos supérieurs, vos séminaires, vos prieurés, je vous ai donné tout ce que j’avais reçu… à vous maintenant de continuer sans moi !

En outre, et ceux qui furent des premiers compagnons de Monseigneur ne devraient pas l’oublier, au-delà de ses déclarations parfois fracassantes, même aux heures les plus tendues avec Rome, Mgr Lefebvre a toujours agi et réagi en serviteur de l’Église et du Pape et en fils de Rome. Il avait le cœur romain plus que beaucoup d’entre nous, et dans toutes ses interventions même les plus fortes, ceux qui le connaissaient sentaient toujours sous-jacente une vraie tristesse : tristesse analogue à celle de Jésus-Christ pleurant sur Jérusalem mais toujours animé du désir de sauver la cité sainte, tristesse de l’état de l’Église, tristesse de devoir réagir à l’encontre des autorités de l’Église, et tristesse de n’être pas entendu, ni compris. Jamais il n’aurait esquissé le premier pas dans le sens d’une rupture avec Rome, et c’est toujours la « Rome conciliaire » qui a pris l’initiative des mesures de « séparation », pour n’aboutir qu’à le séparer un peu plus de la « Rome conciliaire » en le poussant à se réfugier toujours plus dans le cœur de la « Rome Romaine » ! Romain il fut et romain il est demeuré jusqu’à son dernier souffle. La "Romanité" n'est pas Un vain mot, furent quasiment les derniers mots de son Itinéraire spirituel. 

Mais relisons un peu l’histoire. D’abord, la Fraternité – qui n’est pas née pour s’opposer au concile ou à Rome, mais pour donner une structure dans l’Église aux prêtres formés au séminaire de Fribourg-Ecône – a été reconnue et érigée par et dans « l’Église conciliaire ». Mgr Lefebvre et Mgr Charrière s’étaient connus à Dakar lorsque l’évêque de Fribourg était venu pendant une quinzaine de jours visiter les Suisses installés au Sénégal. Ils avaient sympathisé et Mgr Lefebvre avait maintenu les relations, sans plus… Mgr Charrière était en réalité un véritable esprit conciliaire, avant même Vatican II, représentant avant l’heure de ce que Mgr Benelli appela « l’Église conciliaire ». Et c’est pourtant lui qui a érigé l’institut de droit diocésain appelé : « Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ». Entre le 1° novembre 1970 et le 6 mai 1975, la Fraternité était donc bel et bien une œuvre de « l’Église conciliaire », et cela ne gênait nullement notre fondateur !

Et c’est dans cette période que se situent les deux actes « fondateurs » de sa position immuable, actes révélateurs de ses dispositions intimes: La déclaration du 21 novembre 1974 : « Oui à la Rome éternelle, non à la Rome moderniste » ! Il reconnaissait lui-même que cette déclaration était forte, et il nous en a donné l’exégèse à de multiples reprises : non pas le refus de tout ce qui venait de Rome, mais le refus de ce qui en venait sous l’inspiration de l’esprit moderniste, étranger à la tradition catholique.

Et il y eut aussi, sa fière réponse à l’éditorial de l'abbé de Nantes où celui-ci l'incitait à rompre avec Rome, en février 1975 ! C’est dans la lettre de Mgr Lefebvre à l'abbé de Nantes qu’il lui répond : « Sachez que si un Évêque rompt avec Rome ce ne sera pas moi. Ma « Déclaration » le dit assez explicitement et fortement. » Cette lettre est du 19 mars 1975 !

Libre aux évêques indépendants de « l’Église Catholique » d’opérer cette rupture, mais qu’ils ne se réclament pas d’une soi-disant fidélité à la pensée de Mgr Lefebvre pour cela, et qu’ils cessent de nous faire rire jaune en parlant de « la trahison des autorités actuelles de la Fraternité Saint-Pie X à l'esprit et à l'œuvre de Monseigneur Marcel Lefebvre ». Qu’ont accepté nos supérieurs parmi ce que refusait Mgr Lefebvre : la nouvelle messe ? Les théories conciliaires ? La liberté religieuse ? Le culte de l’homme ? L’œcuménisme indifférentiste ? Ou bien encore, ont-ils perdu cette romanité si chère à Monseigneur ? Au lieu de critiquer et condamner Mgr Fellay, que ces messieurs fassent des propositions positives et constructives. Que nous proposent-ils comme solution ? Rien, à part le refus et la rupture !

Puis-je rappeler au passage cette belle déclaration de l’abbé Williamson, directeur du séminaire américain de Ridgefield et actuel chef de file de la Résistance, le 8 décembre 1987 - après donc le “scandale" d’Assise - : « Prions pour la Fraternité ! Prions en particulier pour le cardinal Gagnon qui revient aujourd’hui au séminaire de la Fraternité en Suisse, après avoir terminé sa visite d’un mois dans les maisons de la Fraternité en Suisse, en France et en Allemagne. Prions pour lui, lorsqu’il rédigera son rapport sur la Fraternité à l’intention du Saint-Père, afin qu’il présente la vérité de telle sorte qu’il gagne l’approbation du pape. Prions pour le pape pour qu’il puisse faire ce qu’il devrait clairement faire : donner la juridiction et un statut à la Fraternité, laquelle le mérite entièrement. Ceci est absolument nécessaire pour le bien de l’Église universelle, sans parler de la Fraternité.

Il est humain, et je ne le reprocherai à personne, de changer parfois d’avis, mais il ne me semble pas correct d’accuser de trahison ceux qui n’ont pas changé ! Et quand bien même ils auraient changé de position en raison de nouvelles circonstances, ne peut-on leur accorder la même bienveillance qu’à Mgr Williamson ?

Il y eut encore ces mots de Mgr aux futurs évêques : « Je vous conjure de demeurer attachés au Siège de Pierre, à l’Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les Églises, dans la foi catholique intégrale ».

Et nous pouvons conclure avec les propos de Mgr lui-même, fidèle à ses premières positions jusqu’au bout, dans les considérations qu’il adressait aux diacres en retraite à Montalenghe en juin 1989, et donc après les sacres épiscopaux. Il leur donnait une dernière fois le sens de sa déclaration de 1974 : « Je pense quand même que nous avons besoin d’un lien avec Rome… Rome, c’est quand même là que se trouve la succession de Pierre, la succession des apôtres, de l’apôtre Pierre, de la primauté de Pierre et de l’Église ; si on coupe avec ce lien, on est vraiment comme une embarcation qui est larguée au grès des flots, sans plus savoir à quel lieu nous sommes rattachés et à qui nous sommes rattachés. Je pense qu’il est possible de voir dans la personne qui succède à tous les papes précédents, puisque s’il occupe le siège, il a été reçu comme évêque de Rome à saint Jean de Latran, or c’est l’évêque de Rome qui est le successeur de Pierre, il est reconnu comme successeur de Pierre par tous les évêques du monde. Bon ! Qu’est-ce que vous voulez, on peut penser qu’il est vraiment le successeur de Pierre ! Et en ce sens nous nous rattachons à lui et à travers lui à tous ses prédécesseurs, ontologiquement si je puis dire. Et puis ensuite, ses actions, ce qu’il fait, ce qu’il pense, et les idées qu’il répand, c’est autre chose, bien sûr. C’est une grande douleur pour l’Église catholique, pour nous, que nous soyons obligés de constater une chose semblable. Mais je pense que c’est la solution qui correspond à la réalité. » (N.B. il s’agit de la transcription écrite fidèle d’un texte parlé, qui exprime bien la pensée, mais ne peut pas toujours respecter la grammaire).

Ces vérités, bien connues déjà par les esprits bienveillants, peuvent nous aider à y voir clair et à tenir bon, sans nous laisser séduire par ces lugubres et tristes sirènes de malheur qui oublient ce trésor caché dans l’âme de Mgr. Lefebvre, qui fut pourtant leur père : l’amour de Rome où se trouve et se trouvera jusqu’à la fin des temps la succession de Pierre, la succession des apôtres, de l’apôtre Pierre, de la primauté de Pierre et de l’Église !

[Patrick Malvezin – Le Seignadou] Dominicaines enseignantes : un combat catholique

SOURCE - Le Seignadou - octobre 2016

« Rupture ou Fidélité -1948-1975 : Une congrégation religieuse dans l’Eglise ébranlée».

Ce nouvel ouvrage de Sœur Alice-Marie, dominicaine enseignante, fait suite à son Histoire de la Congrégation du Saint-Nom-de-Jésus de Toulouse, de 1800 (son origine) à 1953, issue de sa thèse de doctorat soutenue avec succès en Sorbonne en 2004.

Comme l’indiquent ses titres et sous-titres, il traite de la période cruciale et dramatique qui suivit et qui aboutit aux départs successifs de deux communautés, devenues aujourd’hui deux congrégations religieuses florissantes.

L’auteur décrit, comme cela n’a jamais été fait jusque-là, l’histoire exemplaire de la persécution d’une institution en plein essor, prise dans les ravages qui ont précédé, accompagné, et surtout suivi le Concile Vatican II. Pour ce faire, elle s’appuie sur une documentation sans faille et des textes incontestables. Elle le fait, enfin, sans pathos ni effets de manches, fussent-elles religieuses, dans une expression parfaite, avec une mesure, une rigueur, une précision, et une clarté qui n’excluent pas l’agrément.

Cette époque est présentée en trois temps : « les nouvelles Constitutions » de 1953, « La Congrégation de 1954 à 1971 : dans la tourmente conciliaire » et « Des tensions à la rupture » (1971-1974).

La réforme des Constitutions, nullement révolutionnaire, correspondait à un besoin formulé, notamment par Pie XII (1), et fut menée par la Supérieure générale d’alors, mère Hélène Jamet, conseillée par le très thomiste père Calmel. La lecture des textes choisis ici permet de découvrir ou de reconnaître l’inspiration de ces modifications, ainsi que l’esprit, les règles, et la vocation de la Congrégation.

Rome les approuva, et elles furent adoptées, mais, première alerte, une petite minorité d’opposantes fit recours à Rome. Sans leur donner raison, une visite apostolique est décidée. Quelques modifications, sans gravité ni véritable lien avec la contestation, sont imposées, ainsi que le report du Chapitre général prévu pour 1954, et, surtout, pour seul motif d’apaisement, le départ du père Calmel.

Le second temps commence par le Chapitre général d’élection de novembre 1954 convoqué par la supérieure générale qui annonce qu’elle refusera une éventuelle réélection, pourtant souhaitée par la plupart des sœurs, « pour servir plus efficacement dans l’obéissance».

Mère Marie-Angélique Lescouzère qui, dans sa droite ligne, lui succède, est durant son généralat, occupée par la question scolaire (2) et, sereinement, par l’application des « nouvelles Constitutions ».

Pourtant les prémices de « la tourmente conciliaire » sont déjà là, quand, en 1961, expire son mandat. La plupart des soeurs souhaite sa réélection, mais Monseigneur Garrone, alors archevêque de Toulouse et délégué du Saint Siège, impose, par une manipulation éhontée que nous laissons au lecteur le soin de découvrir, « l’élection » improbable d’une mère Marie-Rose Tassy, à sa dévotion et soumise aux idées nouvelles pleines d’exaltation (3). Autorisation des offices en français, de la télévision, et acceptation des demandes ministérielles de carte scolaire, se succèdent.

En 1965 et 1966, deux décrets de Paul VI (4) amenèrent cette supérieure, en dépit de la réforme toute récente de 1953, à présenter à chaque sœur un questionnaire sur des modifications possibles, ce qui ne manqua pas de rencontrer des réponses ironiques. Elles méritent d’être lues, et cet ouvrage en rapporte quelques-unes.

En 1967, l’élection surprise de mère Anne-Marie Simoulin, personnalité forte, combative, et disciple de mère Hélène fut, pour la plupart des sœurs, un « miracle de la Providence».

Elle engagea, sans jamais se laisser impressionner, le combat contre le nouveau catéchisme obligatoire et la carte scolaire, ainsi que pour conserver la messe dite de saint Pie V (4) et les constitutions de 53. Là encore, des épisodes savoureux sont à découvrir …

La dernière étape montre qu’elle aura tout tenté avant de se résoudre à la rupture : elle réclame une visite apostolique, mais le visiteur affichera des exigences et un comportement inacceptables sobrement évoqués. Elle fait appel, en dernier recours, à la Signature apostolique pour obtenir justice. Elle est désavouée et même déposée par décret, et une administratrice est nommée qui n’est autre que mère Marie-Rose Tassy. En se soumettant, mère Anne-Marie Simoulin réclame encore la possibilité, suggérée par le même décret, de constituer, en restant dans la Congrégation, une « communauté  homogène » fidèle à ce qu’elle avait défendu.

Peu de temps auparavant, elle avait accepté la même chose pour un groupe de sœurs qui ont été alors installées à Brignoles, entraînant la fermeture du cours Saint-Dominique de Toulon.

Cette demande, est refusée et cette décision remise en question.

Brignoles ne se soumit pas. De son côté, la supérieure injustement destituée finit, avec d’autres sœurs qui ne voulaient pas accepter cette désastreuse forfaiture et cette trahison essentielle, par se réfugier, pour une fondation nouvelle, tout d’abord pauvrement dans un petit immeuble de Fanjeaux, avant de s’installer au Cammazou.  

Au passage, une question importante est ici réglée. Les évêques n’hésitèrent pas à affirmer que, relevées de leurs voeux, les partantes n’étaient plus des religieuses, mais comme le déclara le chanoine Cloupet (6) des « demoiselles déguisées ».

De l’avis de tous les canonistes, l’indult de sécularisation utilisé alors comme sanction est sans valeur, tout simplement  parce que contrairement à ce qui le définit, les intéressées ne l’ont pas demandé ! L’étude strictement canonique est ajoutée en annexe.

L’obéissance avait été tentée, au delà même de toute justice, mais les Constitutions, les lois de l’Eglise, et même les vocations et la Foi incontestablement Catholique n’étant, à l’évidence, plus respectées, la Fidélité imposait la rupture.

Si l’on juge l’arbre à ses fruits, de deux communautés de 26 et 20 religieuses héroïquement parties, sont issues deux branches qui comptent aujourd’hui à elles deux, dans de nombreuses écoles en France et à l’étranger, deux fois plus de sœurs que ne réunissait, avant la séparation, le tronc dont elles se sont éloignées et dont nous préférons ignorer l’état actuel. 
  1. Lettre liminaire du congrès des états de perfection novembre 1950
  2. La loi Debré de 1959 fut entourée de réflexions, négociations et tractations  impliquant les supérieures majeures des religieuses enseignantes.
  3. terme employé par monseigneur Garrone en 1964 pour inciter les supérieures  majeures de France à « être dans le mouvement du Concile ».
  4. Perfectae Caritatis, et Ecclesiae Sanctae. Le premier imposait l’ « aggiornamento » à toute l’Eglise, et le second demandait aux congrégations de modifier leurs constitutions dans cet esprit.
  5. Le Cardinal Gut, préfet de la congrégation pour le culte divin, lui accorda un indult pour conserver l’usage de cette messe, de toutes façons toujours valide, mais dès sa mort, Monseigneur Bugnini, de sinistre mémoire, s’empressa d’en nier la valeur par des arguments spécieux.
  6. Célèbre secrétaire général de l’enseignement catholique, signataire des accords dits « Cloupet-Lang » pour une formation et une titularisation des maîtres du « privé sous contrat » identiques à celles du « public ».
Sur la couverture : une photo du pèlerinage de la Congrégation à Rome en 1947, devant la basilique Saint Pierre.

[Anne Le Pape - Présent] « On ne lâchera rien ! »

SOURCE - Anne Le Pape - Présent - 23 septembre 2016
Une association de catholiques cherche à sauver l’église Saint Bernard de Lyon pour la rendre au culte catholique
     
Au Canada et en Belgique surtout, mais aussi dans bien d’autres pays, des églises sont transformées en appartements, en hôtel, en restaurant, parfois même en boîte de nuit, ou tout simplement détruites (31 églises ont été détruites en France depuis l’année 2000, liste établie par Benoît de Sagazan). Cependant, protégées qu’elles sont par la loi de 1905, elles restent encore assez rares à connaître ce sort dans notre pays. Rares, certes, mais hélas ! cela semble devenir possible.
     
Madame Nicole Hugon est présidente de l’association Les amis du Bon-Pasteur et de Saint-Bernard de Lyon, créée le 13 février 2003 pour protéger, embellir et restaurer ces deux églises menacées qui se trouvent en plein centre de la ville. Elle répond aux questions de Présent concernant l’église Saint-Bernard, victime d’un projet qui fait beaucoup parler de lui actuellement.

— Quel est le projet actuel concernant l’église Saint-Bernard de Lyon, contre lequel vous vous insurgez ?

— Le projet actuel envisage tout simplement la transformation de l’église en centre d’affaires avec bureaux, café, restaurant, brasserie.

— Etes-vous seuls à vous dresser contre lui ?

— Pour l’instant, oui. Notre pétition a récupéré 2 236 signatures de soutien en ligne, et cela seulement en un peu plus de 15 jours.

— L’église n’est-elle pas située dans un endroit un peu mythique de Lyon, La Croix-Rousse, quartier des canuts ?

— Il s’agit effectivement de l’église des ouvriers lyonnais, les canuts, les plus pauvres de Lyon, eux qui ont tout donné pour voir construire cette église dont le terrain a été offert par une riche famille lyonnaise. Nous estimons que l’on ne peut mépriser de tels dons faits à l’Eglise et à la catholicité.

— Comme de nombreuses églises construites au XIXe, l’église Saint-Bernard n’a-t-elle pas une solidité toute relative et des problèmes de structure ?

— Elle est fragilisée par le fait qu’elle n’a pas pu être terminée, par manque de moyens : il manque le parvis à l’avant pour la soutenir, mais ses jours ne sont pas en danger puisqu’une consolidation a été faite et que ses fondements sont très solides. Si elle peut être rénovée pour devenir un centre d’affaires, pourquoi ne pourrait-elle pas l’être tout simplement pour rester une église catholique ? Les travaux de construction se sont échelonnés de 1857 à 1866. L’intérieur est un impressionnant vaisseau de pierre, l’architecte qui l’a conçu se nomme Tony Desjardin et les vitraux sont de Lucien Begule. Comme je vous l’ai dit, faute d’argent, l’église ne fut jamais terminée : la façade devait comporter un clocher et un parvis avec un double escalier donnant sur la place Colbert.

— Il est indiqué sur internet que l’église a été « déconsacrée ». Qu’en est-il exactement ? N’a-t-elle pas été tout simplement « désaffectée » ? Et si oui, par qui et à quelle date ?

— Effectivement, elle a été désaffectée en 1999 par Mgr Barbarin, car il ne s’y trouvait plus ni prêtre ni fidèles.

— Depuis combien d’années cherchez-vous à sauver l’église Saint-Bernard pour la rendre au culte catholique ?

— Nous cherchons à sauver l’église Saint-Bernard depuis 2003 : nous avons fait 23 demandes à ce jour car, depuis plus de quarante ans, les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X ont célébré la messe successivement dans des appartements, puis dans une ancienne chocolaterie, ensuite dans une fabrique de vêtements et, à ce jour, dans une salle de billard, tous ces lieux ayant été transformés en chapelles de fortune.

— Vous avez donc pris contact avec l’archevêché pour lui faire savoir qu’un groupe de catholiques recherchait une église dans le centre de Lyon ?

— Chaque nouveau prieur de la Fraternité arrivant à Lyon va rendre une visite de courtoisie à l’évêque. Celui-ci connaît donc la situation et les lieux où les prêtres se voient obligés de célébrer. Moi-même, j’ai accompagné deux prêtres dans leur visite à l’évêque, notamment le 12 novembre 2014, pour lui demander une église au nom des paroissiens.

— Quelles sont vos chances de récupérer et de sauver l’église Saint-Bernard ? Les conditions accordées pour le rachat de la mosquée de Bron (1 euro symbolique mais la prise en charge de tous les travaux) vous conviendraient-elles ?

— Des lettres recommandées ont été envoyées à la mairie centrale, afin de connaître l’utilisation des 380 000 euros que nous avions obtenus pour la consolidation de l’église et savoir où sont sauvegardés les bien mobiliers qui y sont attachés. Nous comptons bien faire pression par des actions à venir, jusqu’à ce que la mairie accepte de rendre ce bien à sa destination première, qui ne doit en aucun cas être perdue de vue. On ne lâchera rien !

Nous disons au maire de Lyon : « Nous rendons à César ce qui est à César par nos impôts, rendez l’église Saint-Bernard aux catholiques de Lyon ! »

Propos recueillis par Anne Le Pape
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L’association Les amis du Bon-Pasteur et de Saint-Bernard de Lyon a lancé une pétition, que l’on peut signer sur internet. Le titre de la pétition est : « Signez pour que la Mairie de Lyon rende l’église Saint-Bernard aux catholiques ! »