26 septembre 2017

[FSSPX Actualités] Mgr Fellay: pourquoi j’ai signé la Correctio filialis

SOURCE - FSSPX Actualités - 26 septembre 2017

Après la publication, le dimanche 24 septembre 2017, de la Correctio filialis par 62 clercs et universitaires laïcs qui relèvent sept propositions hérétiques dans l’exhortation apostolique Amoris lætitia, FSSPX.Actualités a demandé à Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, pour quelle raison il avait signé ce document. 
FSSPX.Actualités : Pourquoi avez-vous apporté votre soutien à la Correctio filialis ?
Mgr Fellay : Cette démarche filiale de la part de clercs et d’universitaires laïcs, troublés par des propositions hétérodoxes d’Amoris lætitia, est importante. L’enseignement du Christ sur le mariage ne peut être subrepticement changé, au prétexte que les temps changent et que la pastorale doit s’y adapter, en donnant des moyens de contourner la doctrine.

Je comprends que les auteurs de la Correctio filialis puissent être bouleversés par toutes les divisions causées par Amoris lætitia, par les explications que le pape a fournies sur ce document dans de récentes déclarations, par ses propos sur la figure de Luther… Désormais dans certains pays les évêques acceptent la communion des divorcés civilement remariés, dans d’autres ils la refusent. Est-ce que la morale catholique est à géométrie variable ? Peut-elle être soumise à des interprétations contradictoires ?

Depuis septembre 2016, quatre cardinaux demandent respectueusement au pape de « faire la clarté » ; cette année ils ont sollicité une audience. En réponse, ils n’ont eu droit qu’au silence, mais le silence n’est pas une réponse. Sur une question aussi grave et face aux divisions présentes, il est nécessaire que le Saint-Père réponde clairement sur le fond.

Dans cette triste situation de confusion, il est très important que le débat sur ces questions majeures s’amplifie, afin que la vérité soit rétablie et l’erreur condamnée.

Voilà pourquoi j’ai apporté mon soutien à cette démarche, mais ce sont moins les noms des signataires de la Correctio filialis que la valeur objective des arguments exposés qui doit être prise en compte.
FSSPX.Actualités : Est-ce que cela remet en cause les rapports de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome ?
Mgr Fellay : Notre respect à l’égard du pape est intact, et c’est précisément par respect pour sa fonction que nous lui demandons filialement de « confirmer ses frères », en rejetant publiquement ces propositions ouvertement hétérodoxes qui occasionnent tant de divisions dans l’Eglise. 

J’ai apprécié la réponse d’Ettore Gotti Tedeschi[1], cosignataire lui aussi de la Correctio filialis. Il affirme avec raison que nous ne sommes pas les ennemis du pape. Au contraire, nous agissons ainsi parce que nous aimons l’Eglise.

Cette attitude fut celle de Mgr Lefebvre et de la Fraternité Saint-Pie X depuis le début. Dans sa déclaration du 21 novembre 1974, notre fondateur disait : « Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité. Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante », - ce sont précisément ce néo-modernisme et ce néo-protestantisme que les auteurs de la Correctio filialis dénoncent à juste titre comme les causes des changements opérés par Amoris laetitia dans la doctrine et la morale du mariage.

De toutes les fibres de notre être nous sommes attachés à Rome, Mater et Magistra. Nous ne serions plus romains si nous renoncions à sa doctrine bimillénaire ; au contraire, nous deviendrions les artisans de sa démolition, avec une morale de circonstance dangereusement appuyée sur une doctrine molle.

Notre fidélité à la Tradition n’est pas un repli sur le passé, mais un gage de pérennité pour l’avenir. C’est à cette seule condition que nous pouvons utilement servir l’Eglise. 
FSSPX.Actualités : Qu’espérez-vous de cette Correctio filialis ?
Mgr Fellay : Il faut souhaiter qu’elle permette une prise de conscience plus nette de la gravité de la situation de l’Eglise de la part des clercs et des fidèles. Oui, comme l’a reconnu Benoît XVI, « la barque de Pierre prend l’eau de toute part ». Ce n’était pas une image poétique, c’est une réalité tragique. Dans la bataille présente, ce sont la foi et la morale qu’il faut défendre !

On peut également espérer que d’autres soutiens se manifestent de la part de ceux qui ont charge d’âmes. Les signataires de la Correctio filialis, en exposant ces propositions objectivement hétérodoxes, n’ont fait que dire tout haut ce que beaucoup savent au fond. N’est-il pas temps pour ces pasteurs de le dire haut et fort ? Mais, là aussi, c’est moins le nombre des signataires que la valeur objective des arguments qui importe. La Vérité révélée par le Christ n’est pas quantifiable, elle est avant tout immuable.

Il faut implorer Dieu pour que le Vicaire du Christ rétablisse une entière clarté en un domaine aussi essentiel : on ne peut modifier la loi divine du mariage sans provoquer de graves dissensions. Si rien n'est fait, la division qui se dessine dans l’Eglise, risque de devenir irréparable. C’est pourquoi nous prions afin que, véritablement, la parole de Notre-Seigneur à saint Pierre puisse s’appliquer au pape François : « Et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères. » (Lc 22, 32)
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[1] Ettore Gotti Tedeschi, économiste qui fut président de l’Institut pour les œuvres de religion de 2009 à 2012, a accordé un entretien au site hispanophone Infovaticana (24 septembre 2017), repris par le vaticaniste Marco Tosatti sur son blogue. NDLR.

25 septembre 2017

[Fraternité St Vincent Ferrier] Le Frère Louis-Marie de Blignières élu prieur de la FSVF (communiqué)

SOURCE - Fraternité St Vincent Ferrier - 22 septembre 2017

FRATERNITAS SANCTI VINCENTII FERRERII

COMMUNIQUÉ

Chémeré-le-Roi, le 22 septembre 2017

Vendredi des Quatre-Temps

Le Chapitre général de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier a élu le mercredi 20 septembre 2017 le Fr. Louis-Marie de Blignières prieur de la Fraternité. Il succède au Fr. Dominique-Marie de Saint Laumer.

Toute la communauté exprime sa gratitude et sa reconnaissance au prieur sortant pour le mandat accompli et demande des prières et des sacrifices pour le fruit spirituel et apostolique du nouveau mandat.

Que Notre-Dame du Rosaire et saint Dominique, Patriarche des Prêcheurs, intercèdent sans cesse pour notre Fraternité auprès du Dieu trois fois saint.

[Correctio Filialis (site)] Résumé de la «correction filiale»

SOURCE - Correctio Filialis (site) - 23 septembre 2017

Une lettre de 25 pages signée par 40 clercs catholiques et universitaires laïcs a été remise au pape François le 11 août. Puisqu’aucune réponse n’a été reçue du Saint-Père, elle est rendue publique aujourd’hui, le 24 septembre, Fête de Notre-Dame de la Merci et de Notre-Dame de Walsingham. La lettre, ouverte aux nouveaux signataires, a maintenant les noms de 62 clercs et universitaires laïcs de 20 pays, qui représentent également d’autres personnes qui n’ont pas la liberté d’expression nécessaire pour signer. Son titre est en latin : Correctio filialis de haeresibus propagatis (littéralement : « Une correction filiale concernant la propagation d’hérésies »). Elle affirme que le pape, par son Exhortation apostolique Amoris laetitia ainsi que par d’autres paroles, actions et omissions en rapport avec celle-ci, a effectivement soutenu sept propositions hérétiques par rapport au mariage, à la vie morale et à la réception des sacrements, et qu’il a été à l’origine de la diffusion de ces opinions hérétiques au sein de l’Eglise catholique. Ces sept hérésies ont été exprimées par les signataires en latin, langue officielle de l’Eglise.

Cette lettre de correction comporte trois parties principales. Dans la première partie, les signataires expliquent pourquoi, en tant que catholiques croyants et pratiquants, ils ont le droit et le devoir d’adresser une telle correction au souverain pontife. Le droit ecclésiastique lui-même requiert que les personnes compétentes ne restent point silencieuses lorsque les pasteurs de l’Eglise induisent le troupeau en erreur. Cela n’entraîne aucun conflit avec le dogme catholique de l’infaillibilité pontificale, puisque l’Eglise enseigne qu’un pape doit satisfaire à des critères stricts pour que ses paroles puissent être considérées comme infaillibles. Le pape François n’a pas rempli ces critères. Il n’a pas déclaré que ces positions hérétiques sont des enseignements définitifs de l’Eglise, pas plus qu’il n’a déclaré que les catholiques devraient les croire avec l’assentiment de la foi. L’Eglise enseigne qu’aucun pape ne peut soutenir que Dieu lui aurait révélé quelque nouvelle vérité que les catholiques seraient obligés de croire.

La deuxième partie de la lettre est la partie essentielle, puisqu’elle contient la « correction » proprement dite. Elle établit la liste des passages d’Amoris laetitiaoù des positions hérétiques sont insinuées ou encouragées, puis elle énumère les paroles, les actes et les omissions du pape François qui font comprendre, au-delà de tout doute raisonnable, que celui-ci veut voir les catholiques interpréter ces passages d’une manière qui est, de fait, hérétique. En particulier, le pape a directement ou indirectement approuvé les croyances selon lesquelles l’obéissance à la loi de Dieu peut se trouver être impossible ou non souhaitable, et selon lesquelles l’Eglise sait parfois accepter que l’adultère soit considéré comme compatible avec le fait d’être un catholique pratiquant.

La partie finale, sous le titre « Elucidation », aborde les deux causes de cette crise unique. L’une des causes est le « modernisme ». Théologiquement parlant, le modernisme est la croyance que Dieu n’a pas transmis à l’Eglise des vérités définitives qu’elle doit continuer d’enseigner dans un sens exactement identique jusqu’à la fin des temps. Les modernistes tiennent que Dieu ne communique à l’homme que des expériences, sur lesquelles les êtres humains peuvent réfléchir, de manière à affirmer des choses diverses sur Dieu, la vie et la religion ; mais de telles affirmations ne sont que provisoires, et ne sont jamais des dogmes fixes. Le modernisme a été condamné par le pape saint Pie X au début du XXe siècle, mais il a connu un regain au milieu de ce siècle. La confusion importante et persistante qui s’est installée dans l’Eglise catholique à travers le modernisme oblige les signataires à rappeler la vraie définition de la « foi », de l’« hérésie », de la « révélation » et du « magistère ».

Une deuxième cause de la crise est constituée par l’influence apparente des idées de Martin Luther sur le pape François. La lettre montre comment Luther, fondateur du protestantisme, avait sur le mariage, le divorce, le pardon et la loi divine des idées qui correspondent à celles promues par le pape en paroles, en actions et par omission. Elle met également en évidence la louange explicite et sans précédent qu’a faite le pape de l’hérésiarque allemand.

Les signataires ne s’aventurent pas à juger du degré de conscience avec lequel le pape François a propagé les sept hérésies qu’ils énumèrent. Mais ils insistent avec respect pour qu’il condamne ces hérésies, qu’il a directement ou indirectement soutenues.

Les signataires professent leur fidélité à la Sainte Eglise romaine, assurant le pape de leurs prières et implorant sa bénédiction apostolique.
   

[Paix Liturgique] RP de Blignères: le rite rend "sensible" la vérité

Le RP de Blignières et quelques membres
de la 
Fraternité Saint-Vincent Ferrier
durant les vêpres 
d'ouverture du dixième
anniversaire du motu 
proprio Summorum
Pontificum, célébrées par 
Mgr Gänswein,
Préfet de la Maison pontificale.
SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°613 - 23 septembre 2017

Dimanche 17 septembre 2017 c'est dans une église de la Trinité des Pèlerins bondée que le RP de Blignières, fondateur des dominicains de Chéméré (et de nouveau Prieur depuis le 20 septembre 2017), a prononcé le sermon de clôture du pèlerinage romain ayant marqué le dixième anniversaire du motu proprio Summorum Pontificum. Nous sommes heureux, avec sa permission et celle du RP de Saint-Laumer, qui célébrait cette belle messe pontificale selon le rite dominicain, de vous faire partager cette réflexion qui souligne avec force le lien irrépressible entre liturgie et théologie. Car la liturgie, comme le soulignait le cardinal Müller, lors du colloque du 14 septembre à l’Université angélique, est un « lieu théologique ». Et par le fait, un « lieu » artistique. On appréciera en ce sens la conclusion du P. de Blignières, qui évoquant implicitement l’adage platonicien, « le beau est la splendeur du vrai », l’applique aux rites sacrés polis par la tradition : « La vérité qui devient sensible, qu’est-ce que c’est, sinon la beauté ? »

SERMON DU RP DE BLIGNIÈRES (FSVF) POUR LE DIXIÈME ANNIVERSAIRE DU MOTU PROPRIO SUMMORUM PONTIFICUM

Rome, église de la Trinité des Pèlerins, 17 septembre 2017

Le Concile de Trente, pour rendre raison des cérémonies du Saint Sacrifice de la Messe, rappelle que la nature de l’homme a besoin d’aides extérieures et de signes visibles afin de s’élever à la contemplation des choses divines (1). On peut en tirer une définition du rite : « un rite, c’est ce qui rend sensible une vérité ». Le rite du sacrifice de la messe, c’est ce qui met à la portée de la nature humaine la vérité sur Dieu, la vérité sur l’homme, et la vérité sur le Christ. En sa forme latine traditionnelle, il rend tangibles, avec une efficacité insurpassable, ses trois aspects.

La vérité sur Dieu : Dieu est Trinité

Celui qui assiste pour la première fois à la messe dans le rite traditionnel est tout de suite frappé par l’ambiance sacrée qui s’en dégage. L’architecture majestueuse, la disposition de l’espace avec un lieu réservé aux ministres et un autre aux fidèles, l’orientation de la célébration, l’attitude recueillie et hiératique du célébrant, les vêtements particuliers qu’il revêt, la langue inaccoutumée qu’il emploie, les gestes de révérence qu’il fait en direction du tabernacle et des oblats consacrés, notamment les nombreuses génuflexions, enfin le mystérieux silence du canon : tout porte à sortir du monde profane et à se mettre en présence de Quelqu’un qui dépasse le monde.

Mais si cet assistant prend la peine de suivre dans un missel ce que dit le prêtre, il est alors touché par un aspect étonnant de la prière. Certes, on y supplie avec grand respect celui que toutes les traditions de l’humanité appellent « Dieu », mais on le fait avec la certitude confiante d’un enfant s’adressant à son père. L’onction inimitable des très anciennes prières latines nous met en rapport, non avec un grand architecte impassible de l’Univers, mais avec une réalité mystérieuse et fascinante : la Trinité. On s’adresse à elle, étonnamment, comme si on était de la famille ! On lui parle avec une audace inouïe, on se présente à elle dans le voisinage de toute une nuée de saints personnages qui ont un grand crédit auprès d’elle. On ne cesse surtout de parler de son Fils, et chaque fois que l’on évoque son nom, on incline la tête.

Oui, les rites de la tradition latine soulignent fortement que c’est à la Trinité que l’on s’adresse, avec des gestes expressifs, et des paroles où se conjuguent l’adoration et l’amour. Ainsi l’offertoire de la messe dominicaine : « Recevez, sainte Trinité, cette offrande que je vous offre en mémoire de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et accordez qu’elle monte en votre présence et vous soit agréable, et qu’elle opère mon salut éternel et celui de tous les fidèles ».

La vérité sur l’homme : l’homme est « perdu »

Mais rapidement, une deuxième note se dégage, pour celui qui découvre les rites anciens. Ils rendent sensibles la vérité sur l’homme. Cette vérité, c’est que, laissé à lui-même, l’homme est « perdu ». La recherche d’un sens à une vie qui parait souvent absurde, le scandale du mal et spécialement celui de la souffrance des innocents, le sentiment, au moins confus, d’une culpabilité personnelle : quiconque réfléchit, au lieu de se « divertir », expérimente cela… Que devient cette angoisse existentielle, lorsqu’elle se confronte à un rite rempli de la sagesse des siècles catholiques ? Elle reçoit un nom : le péché. Tant dans les liturgies orientales que dans celles de l’occident, on remarque quelque chose de très émouvant : le prêtre, et avec lui les fidèles qui s’unissent au sacrifice, reconnaissent la vérité de leur misère.

Voyez le célébrant dans les prières préparatoires de la messe romaine : il semble hésiter à monter à l’autel avant d’avoir, de nombreuses manières, reconnu son indignité : par un psaume admirable, par une confession de ses fautes, par des versets qui ressemblent à des oraisons jaculatoires ! Voyez le prêtre au rit dominicain, comme il s’incline profondément durant les Confiteor, le sien et aussi celui des ministres, comme s’il voulait prendre aussi sur lui leurs péchés ! Voyez les prières du canon romain « si pur de toute erreur, qu’il n’est rien en lui qui ne respire grandement la sainteté et la piété » (2), ce canon où le célébrant, à diverses reprises, prosterné, implore humblement, tel un pécheur qui ne peut s’appuyer sur ses mérites (Te igitur, Supplices te rogamus, Nobis quoque peccatoribus) ! Voyez les bouleversantes prières du prêtre avant la communion !

Une des raisons du rayonnement des rites anciens sur les convertis – je parle d’expérience –, c’est qu’ils assument, avec une clairvoyance convaincante, cette part de la vérité de l’homme trop souvent camouflée : il est pécheur et il a besoin de rédemption. Et ces rites ont le secret de mettre avec espérance cette misère au contact de la miséricorde.

La vérité sur le Christ : son sacrifice, offert par l’Église, réconcilie l’homme à Dieu

Par toute la tonalité d’une célébration selon un rite « d’usage vénérable et antique » (3), l’assistant – combien de fois n’en avons-nous pas reçu la confidence ! – sent « qu’il se passe quelque chose ». Au cœur du silence sacré du canon, les gestes qui entourent la double consécration mettent comme sous ses yeux le mystère de la foi. Il remarque, dans son missel, que le célébrant, durant tout le canon, a désigné les oblats par des signes de croix. Il voit les fidèles recevoir l’hostie consacrée à genoux et sur les lèvres et demeurer ensuite en prière silencieuse. S’il interroge le prêtre après la messe, il est préparé à apprendre et à comprendre que l’essence de la messe est un sacrifice. Ce sacrifice de louange à la Trinité est un sacrifice propitiatoire « pour [son] salut éternel et celui de tous les fidèles ».

D’ailleurs il se rend compte, par les mouvements que fait le prêtre et par son orientation, que tout est axé, non sur le prêtre lui-même, mais sur le Christ, en sa présence au tabernacle et dans les oblats consacrés. Il voit comment le célébrant tient les doigts joints après avoir touché le Corps du Christ, et avec quelle amoureuse précaution il recueille sur le corporal toutes les parcelles consacrées. D’une part, le besoin de salut est fortement souligné ; d’autre part, les paroles et les gestes nous mettent sensiblement en contact avec le renouvellement mystique et non sanglant d’un sacrifice salutaire. Ainsi au rite dominicain, le célébrant, après la consécration, écarte largement les bras, comme le Christ sur la Croix. Pour le rite de la paix, il embrasse d’abord le calice contenant le précieux Sang du Christ et sur lequel il tient son Corps immaculé, pour bien signifier que la paix qu’il transmet aux ministres vient du sacrifice du Christ.

Les rites anciens conviennent encore à la nature de l’homme sous l’aspect où ils traduisent la médiation historique de l’Église. Le canon romain en particulier « est fait soit des paroles mêmes du Seigneur, soit des traditions des apôtres et des pieuses instructions des saints pontifes » (4). C’est une consolation de docilité filiale, pour un prêtre de rite latin, de savoir qu’il prie avec le même canon que saint Grégoire le Grand. C’est une grande sûreté doctrinale et une joie immense pour lui de s’effacer devant des rites utilisés au cours des siècles par de si nombreux saints, et de vivre des cérémonies qui ont sanctifiées des générations de fidèles. Il est très émouvant, par exemple, pour un dominicain, de savoir que les gestes et les paroles qu’il emploie en célébrant la sainte messe ont fait pleurer notre Père saint Dominique et le Docteur eucharistique saint Thomas d’Aquin. 

Conclusion

Oui, le rite rend sensible la vérité, le rite latin traditionnel souligne merveilleusement la vérité sur Dieu, sur l’homme et sur le sacrifice du Christ. Mais la vérité qui devient sensible, qu’est-ce que c’est, sinon la beauté ? Rendons grâces à Dieu de pouvoir « prier sur de la beauté ». Et remercions l’Église d’avoir, après une longue période de confusion et d’injustices, rendu « l’honneur qui lui est dû » (5) à ce rite qui a suavement et fortement porté, et qui portera encore, sans doute jusqu’à la Parousie, tant d’hommes, vers le mystère insondable du sacrifice du Christ.
RP Louis-Marie de BlignièresFondateur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier
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(1) Concile de Trente, Session XXII (17 septembre 1562), Décret sur le Sacrifice de la Messe : « Le Christ voulut laisser à l’Eglise, son épouse bien-aimée, un sacrifice qui soit visible (comme l’exige la nature humaine). Par-là serait représenté le sacrifice sanglant qui devait s’accomplir une fois pour toutes sur la croix, le souvenir en demeurerait jusqu'à la fin du monde, et sa vertu salutaire serait appliquée à la rémission de ces péchés que nous commettons chaque jour » (DS, n° 1740, cité par le Catéchisme de l’Église catholique, n° 1366). « La nature humaine est telle qu’elle ne peut facilement s’élever à la méditation des choses divines sans les aides extérieures. C’est pourquoi notre pieuse Mère l’Eglise a institué certains rites, pour que l’on prononce à la messe certaines choses à voix basse et d’autres à voix plus haute. Elle a aussi introduit des cérémonies, telles que les bénédictions mystiques, les lumières, les encensements, les vêtements et de nombreuses autres choses de ce genre, reçues de l’autorité et de la tradition des apôtres. Par-là serait soulignée la majesté d’un si grand sacrifice, et les esprits des fidèles seraient stimulés, par le moyen de ces signes visibles de religion et de piété, à la contemplation des choses les plus hautes qui sont cachées dans ce sacrifice » (DS, n° 1743).
(2) Concile de Trente, ibid., DS, n° 1745.
(3) Benoît XVI, Motu proprio Summorum Pontificum, du 7 juillet 2007, article 1.
(4) Concile de Trente, ibid., DS, n° 1745.
(5) Benoît XVI, Motu proprio Summorum Pontificum, du 7 juillet 2007, article 1.

24 septembre 2017

[FSSPX Actualités] In memoriam Mgr Brunero Gherardini

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 septembre 2017

Au petit matin du vendredi 22 septembre 2017, Mgr Brunero Gherardini a remis son âme entre les mains du Seigneur.
   
Théologien unanimement reconnu , il était âgé de 92 ans. Chanoine de la Basilique Saint-Pierre et protonotaire apostolique, il avait contribué à ouvrir, en milieu universitaire, un débat théologique sur plusieurs points contestés du concile Vatican II.
  
Nè en 1925, il fut ordonné prêtre en 1948. Cet élève de Mgr Pietro Parente et du Père Cornelio Fabro avait obtenu - summa cum laude - son doctorat en théologie en 1952 à l’Université du Latran. Sa thèse avait pour titre : « La parole de Dieu dans la théologie de Karl Barth » (Rome, Studium 1955)

Le jeune abbé Gherardini avait commencé à exercer son ministère en paroisse à Prato, puis comme professeur de séminaire dans son diocèse ; il avait également reçu la charge d’assistant diocésain dans le cadre de l’Action Catholique. En 1959, c’est au service du Saint-Siège qu’il est appelé, au sein de la Congrégation des Séminaires et des Études, comme responsable des séminaires diocésains des régions d’Italie.

En 1968, il est professeur d’ecclésiologie et d’œcuménisme à l’Université du Latran dont il deviendra plus tard le doyen. Il a aussi occupé une chaire dans ces matières à l’Institut Ecclesia Mater de l’Université pontificale Saint-Thomas d’Aquin.

C’est lui qui, succédant à Mgr Antonio Piolanti dans la charge de postulateur de la cause de béatification du pape Pie IX, a pu voir ses efforts récompensés et le dossier de béatification parvenir à son terme.

Ce collaborateur habituel de nombreuses revues théologiques de portée internationale - dont Divinitas -, s’était signalé ces dernières années en participant au débat théologique sur l’interprétation du concile Vatican II, devenant ainsi le porte-voix, dans les milieux universitaires romains, de la Tradition catholique. Son ouvrage : « Vatican II un débat à ouvrir » demeure une référence en la matière.

Les funérailles de Mgr Gherardini seront célébrées lundi 25 septembre à 11 h en la Basilique Saint-Pierre ; et le lendemain, mardi 26, il sera inhumé à Prato dans le caveau familial, dans l’attente de la résurrection des corps. Il avait renoncé au privilège l’autorisant à reposer dans le Sacello dei Canonici Vaticani, le caveau des chanoines de la basilique vaticane, au cimetière romain de Campo Verano.

(Sources : Corrispondenza Romana/Servizio Informazione Religiosa/unavox.it - FSSPX.Actualités - 23/09/17)