TradiNews

Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

20 février 2017

[Abbé Alain Lorans - DICI] Indifférence dissolvante

SOURCE - Abbé Alain Lorans - DICI - 16 février 2017

En 1999, pour parvenir coûte que coûte à un accord sur la doctrine de la justification avec les luthériens, le cardinal Walter Kasper avait usé d’un stratagème : le consensus différencié où les deux parties se disent d’accord, sans l’être tout à fait. Aujourd’hui, pour admettre à tout prix les divorcés « remariés » à la communion, les évêques allemands proposent : les solutions différenciées, c’est-à-dire une adaptation pastoralement souple de la doctrine intangible de l’indissolubilité du mariage. Le lien matrimonial est indissoluble en théorie, sans l’être tout à fait en pratique.
    
Le Christ a enseigné : « Celui qui épouse une femme renvoyée, se rend adultère » (Mt 19, 9). Dans l’esprit d’Amoris lætitia, les évêques allemands corrigent cet enseignement : il faut admettre des différences, selon les circonstances… Pour eux, le mariage est relativement indissoluble.
    
Le consensus différencié du cardinal Kasper débouche sur la différence consensuelle, une variante du cercle carré. La solution différenciée des évêques allemands aboutit à l’indifférence dissolvante, indifférence doctrinale et dissolution morale.
    
Ce refus de choisir entre le oui et le non, entre le blanc et le noir, plonge dans la pénombre la doctrine catholique du mariage et de la famille que le synode était censé faire briller. La clarification demandée dans les dubia des quatre cardinaux est plus qu’utile. Elle est vitale.
    
Abbé Alain Lorans

[DICI] « Le "J’accuse" du cardinal Sarah»

SOURCE - DICI - 16 février 2017
Cardinal Robert Sarah
Le 12 janvier 2017, Matteo Matzuzzi publiait dans le quotidien italien Il Foglio: «L’Occident est devenu le tombeau de Dieu». Le J’accuse du cardinal Sarah. Le journaliste annonçait ainsi la parution d’un débat avec le cardinal guinéen, publié dans le dernier numéro de la revue italienne Vita e Pensiero (revue culturelle de l’Université catholique du Sacré-Cœur, ndlr).
    
« La véritable crise que traverse aujourd’hui, notre monde n’est pas économique ou politique, mais c’est essentiellement une crise de Dieu et en même temps une crise anthropologique », dénonce le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.
     
« La culture occidentale, poursuit-il, a progressivement été organisée comme si Dieu n’existait pas : beaucoup ont aujourd’hui décidé de se passer de Dieu. Selon Nietzsche, pour beaucoup d’occidentaux, Dieu est mort. Et nous l’avons tué, nous sommes ses assassins et nos églises sont les cryptes et les tombes de Dieu. (…) L’homme ne sait plus ni qui il est, ni où il va : c’est en quelque sorte un retour au paganisme et à l’idolâtrie : science, technologie, argent, pouvoir, réussite, liberté indéfiniment, plaisirs illimités sont, aujourd’hui, nos dieux ».
     
Il est donc nécessaire de nous rappeler, affirme le haut prélat, que « le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve (…) donne à tous la vie, la respiration, et toutes choses (…) car en lui nous avons la vie, le mouvement, et l’être. », évoquant saint Paul devant l’Aréopage d’Athènes (cf. Actes 17).
    
(Sources : cath.ch/imedia/ilfoglio – DICI n°349 du 17/02/17)

[DICI] Amoris lætitia: «Evêques contre évêques, cardinaux contre cardinaux»

Les cardinaux Gerhard Müller
(à gauche) et Reinhard Marx.
SOURCE - DICI - 16 février 2017

Dans un message publié le 1er février 2017, au sujet de l’interprétation de l’exhortation post-synodale Amoris lætitia, la Conférence des évêques d’Allemagne estime qu’il « faut respecter une décision des fidèles de recevoir les sacrements », et que les divorcés « remariés » peuvent avoir accès à la communion dans certains cas.
    
Les évêques allemands prennent soin d’affirmer que l’indissolubilité du mariage appartient au trésor intangible de la foi de l’Eglise, mais que néanmoins le pape François appelle à un regard différencié sur chaque situation de vie. Selon eux, les personnes concernées doivent expérimenter que l’Eglise ne les abandonne pas. Et des solutions différenciées doivent pouvoir être examinées lorsque la reconnaissance de la nullité d’un mariage n’est pas possible, tout en évitant une attitude trop laxiste et un comportement trop sévère.
     
Les prélats allemands tiennent à préciser qu’il ne s’agit pas « d’automatisme en direction d’un accès général de tous les divorcés remariés aux sacrements ». La décision en conscience ne peut être que le résultat d’un examen sérieux et d’une démarche spirituelle accompagnée par un prêtre. A la fin de ce processus, l’accès au sacrement de réconciliation et à l’eucharistie ne sera pas forcément accordé dans tous les cas. – On se souvient comment la communion dans la main, initialement exception pastorale, est devenue une règle universelle.
    
Au même moment, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a accordé un entretien à la revue d’apologétique Il Timone de février. Il y met en garde les évêques qui interprètent le magistère. Selon lui, Amoris lætitia « est clairement à interpréter à la lumière de toute la doctrine de l’Eglise ». « Il n’est pas correct, que tant d’évêques interprètent Amoris lætitia selon leur propre façon de comprendre l’enseignement du pape », ajoute-t-il. Le haut prélat fait allusion non seulement à ses confrères allemands, mais aussi aux évêques de l’Ile de Malte qui ont publié en janvier un document en faveur de la communion des divorcés « remariés », repris dans L’Osservatore Romano du 14 janvier, suscitant la critique d’un certain nombre de leurs diocésains dans la presse.
   
Devant une telle confusion, le cardinal Müller fait observer que « le magistère du pape est à interpréter seulement par lui, ou à travers la Congrégation pour la doctrine de la foi ». « Ce ne sont pas les évêques qui interprètent le pape », car cela constituerait une « inversion de la structure de l’Eglise catholique ». A ceux qui parlent « trop », le préfet de la Congrégation de la foi conseille « d’étudier d’abord la doctrine sur la papauté et l’épiscopat ». En tant que « maître de la Parole », un évêque doit être le premier à être « bien formé », pour ne pas risquer d’être « un aveugle qui guide d’autres aveugles ».
    
Le cardinal Müller affirme également que pour un catholique, il ne peut y avoir de contradiction entre la doctrine et la conscience personnelle : c’est « impossible ». Par exemple, « on ne peut pas dire qu’il y a des circonstances selon lesquelles un adultère ne constitue pas un péché mortel ». Or le péché mortel ne peut « coexister » avec la grâce sanctifiante, rappelle-t-il. Dès lors, sur l’accès des divorcés « remariés » aux sacrements, le prélat allemand réaffirme la doctrine de l’Eglise, contenue dans la Sainte Ecriture et dans Familiaris Consortio : la nécessité pour ces personnes qui souhaitent communier de vivre comme frères et sœurs. Le cardinal Müller souligne encore que le mariage est l’expression de l’unité entre le Christ et l’Eglise : ce n’est pas une « simple analogie, comme certains l’ont dit durant le synode », mais au contraire la « substance » même du sacrement du mariage. « Aucun pouvoir dans le ciel ou sur terre, ni un ange, ni le pape, ni un concile, ni une loi des évêques n’a la faculté de le modifier », précise-t-il.
Une guerre civile ?
Face à cette opposition manifeste entre fidèles, prêtres, évêques et cardinaux, certains vaticanistes – comme Antonio Socci – parlent de « guerre civile entre catholiques ». L’historien Roberto de Mattei dans Corrispondenza Romana du 11 février, commente cette expression : « L’image de la guerre civile est évidemment une métaphore pour indiquer un climat d’affrontements doctrinaux, qui voient pour la première fois dans l’histoire moderne de l’Eglise, évêques contre évêques et cardinaux contre cardinaux. Le cardinal Gerhard Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi affirme qu’Amoris lætitia doit être interprété à la lumière de la doctrine de l’Eglise, et ne peut pas permettre la communion aux divorcés remariés, mais le cardinal Reinhard Marx (président de la Conférence épiscopale d’Allemagne, ndlr) a répondu qu’il « ne parvient pas à comprendre » comment il peut y avoir des interprétations d’Amoris lætitia différentes de celles des évêques allemands, qui admettent la possibilité d’accès à l’Eucharistie pour ceux qui vivent more uxorio (maritalement, ndlr).
   
« Il s’agit d’une confrontation qui n’est pas seulement herméneutique. Deux conceptions opposées de la morale catholique se font face. Et l’existence d’interprétations différentes du même document montre combien est justifié le terme “confusion”, contre lequel proteste le directeur du Sismografo, Luis Badilla. Faudrait-il dire que la clarté règne dans l’Eglise ? Les “dubia” des quatre cardinaux sont plus que justifiés et une “correction fraternelle” envers le pontife romain est nécessaire si celui-ci persiste dans une attitude qui favorise la diffusion de l’hérésie. »
   
Mais l’universitaire romain tient à préciser comment cette demande de clarification doit être formulée : « Laïcistes et modernistes utilisent l’insulte, le mensonge, la calomnie, la désinformation. Le style de ceux qui luttent pour la vérité doit être différent, en paroles et en actes. Il ne faut pas oublier en outre que le responsable de la confusion et du scandale est malheureusement un pape qui gouverne légitimement l’Eglise, au moins jusqu’à preuve du contraire. Ses erreurs dans le domaine de la doctrine et de la pastorale peuvent être critiquées, mais avec le respect dû à l’institution qu’il représente, au moins tant qu’il ne démontrera pas, de manière manifeste, qu’il veut renoncer à sa mission. Pour le moment, le pape François exprime dans sa personne le mystère de l’Eglise, sainte et immaculée dans son essence, mais parfois très fragile chez les hommes qui la représentent. La bataille, donc, doit se dérouler avec sérieux et hauteur, et Antonio Socci, en citant comme modèles, le cardinal Burke et le cardinal Caffarra, semble nous dire que c’est de cette façon qu’il entend la mener. Comme nous. »
   
Dans l’entretien qu’il accordait à Radio Courtoisie le 26 janvier, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, déclarait à propos de la confusion causée par Amoris lætitia : « Vous avez un cardinal Müller qui dit : “Ce texte ne va pas contre la foi”. Entendez : on peut le lire d’une manière catholique. Pas seulement on peut, mais on doit le lire d’une manière catholique. Ceux qui ne le lisent pas d’une manière catholique, ceux-là sont dans l’erreur. Il ne le dit pas aussi clairement, parce que s’il le disait, il viserait son chef. Il y a là un non-dit extrêmement important… Et les quatre cardinaux qui, eux, ont signalé très justement cette blessure ouverte dans la doctrine qui était claire jusque-là, vraiment très claire. Car on a fait une ouverture en direction des divorcés “remariés” qu’on n’avait pas le droit de faire. Tout simplement. Aussi, que le cardinal Müller dise : “On n’a pas franchi la porte, on n’est pas sorti de la loi divine”… officiellement, c’est vrai, sauf qu’un certain nombre de conférences épiscopales, elles, ont déjà indiqué la sortie. »
   
(Sources : cath.ch/imedia/corrispondenza romana – trad. benoitetmoi – DICI n°349 du 17/02/17)

19 février 2017

[DICI] Des affiches contre le pape, un faux numéro de L’Osservatore Romano… Qui sont ceux qui critiquent François ?

SOURCE - DICI - 16 février 2017

Dans la nuit du 3 au 4 février 2017, environ 200 affiches non signées ont été placardées dans le centre-ville de Rome. On y voit le pape, mine renfrognée, au-dessus d’un texte qui l’interpelle en ces termes : « Tu as placé sous tutelle des Congrégations, tu as écarté des prêtres, tu as décapité l’Ordre de Malte et les Franciscains de l’Immaculée, tu as ignoré les cardinaux… Mais où est ta Miséricorde?» La municipalité de Rome a annoncé, le 5 février, avoir retiré les 200 affiches, avec une célérité inhabituelle dans la Ville éternelle. Une enquête a été ouverte pour tenter de retrouver, grâce aux caméras de surveillance, les auteurs du délit.
    
Sur ces affiches, la référence à l’Ordre de Malte renvoie à la récente éviction du Grand maître, Fra’ Matthew Festing qui a été conduit à « présenter sa démission » le 24 janvier, démission acceptée le lendemain par le pape, pour le « bien de l’Ordre et de l’Eglise ». Depuis deux mois les relations entre l’Ordre et le Saint-Siège sont tendues : le 6 décembre dernier, le Grand maître avait exigé la démission du Grand chancelier Albrecht von Boeselager. Les raisons exactes de la mise à l’écart de ce dernier restent pour l’heure floues. Toujours est-il que, le 4 février, François a nommé Mgr Giovanni Angelo Becciu, actuel substitut pour les affaires générales de la Secrétairerie d’Etat, comme délégué spécial du Saint-Siège auprès de l’Ordre de Malte. Jusqu’au terme de son mandat, c’est-à-dire jusqu’à la conclusion du prochain Chapitre extraordinaire qui élira un nouveau Grand maître, Mgr Becciu sera le « porte-parole exclusif » du pape pour tout ce qui concerne les relations entre le Siège apostolique et l’Ordre. Le pape François lui délègue tous les pouvoirs nécessaires pour décider des questions éventuelles qui devraient surgir concernant la mise en œuvre de son mandat. Le pape a ainsi retiré toute compétence au cardinal Raymond Burke, représentant du pape auprès de l’Ordre et normalement en charge des relations entre le souverain pontife et les chevaliers de Malte. 
    
Au moment où les affiches étaient placardées, début février 2017, des cardinaux ont reçu par courriel un faux numéro du quotidien du Vatican L’Osservatore Romano. Selon la presse italienne, le Vatican a ouvert une enquête pour découvrir les auteurs de ce faux.
    
La publication critique le pape François, notamment pour sa façon de ne pas prendre en considération les dubia, les “doutes” qui lui ont été adressés, le 19 septembre 2016, par les cardinaux Walter Brandmüller, président émérite du Comité pontifical des sciences historiques, Raymond L. Burke, patronus de l’Ordre de Malte, Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne (Italie), et Joachim Meisner, archevêque émérite de Cologne (Allemagne) à propos de l’exhortation Amoris lætitia. Ces dubia demandent au Saint-Père une « clarification » d’Amoris lætitia, en particulier en ce qui concerne la possibilité pour les divorcés « remariés » de recevoir l’eucharistie. Le pape n’a pour l’instant pas donné de réponse à cette demande. (Voir DICI n°345 du 25/11/16 et DICI n°346 du 09/12/16)
    
« Il a répondu ! », titre ce faux Osservatore Romano, qui porte la date du 17 janvier 2017. « Puisse ton discours être oui oui, non non », affirme le texte, en référence au verset : « Que votre oui soit oui, que votre non soit non ; ce qu’on y ajoute vient du Malin » (Mt 5, 37). Selon l’auteur anonyme de cet article, François a répondu aux cinq questions qui lui étaient posées sur Amoris lætitia à la fois par « oui » et « non ». Ce qui serait l’expression du caractère « équivoque » de son magistère.
Qui sont ceux qui critiquent le pape François ?
Ces critiques du pape qui se multiplient au grand jour, incitent à s’interroger sur l’identité de leurs auteurs. C’est ainsi que le 26 janvier, lors des Journées Saint-François-de-Sales qui réunissent les journalistes catholiques à Annecy (France), Romilda Ferrauto, ancienne rédactrice en chef à Radio Vatican, a tenté de dresser le portrait de ceux qui n’aiment pas François. D’après l’agence suisse cath.ch qui rapporte ses propos le 27 janvier, la journaliste qui fut responsable de la rédaction francophone de Radio Vatican pendant 20 ans, récuse la simple opposition entre progressistes, du côté du pape, et conservateurs hostiles. La situation est, selon elle, plus complexe.
    
Sous l’angle de la communication, les critiques du pape François se classent en trois catégories : le premier groupe estime que le pape argentin n’est pas sincère et qu’il mène une opération de séduction bien orchestrée. Ils voient une contradiction entre la bonhomie affichée et sa personnalité profonde plutôt sévère et autoritaire, voire intransigeante. Ce groupe d’opposants se plaint du peu de considération de François pour le clergé et le personnel de la curie. La réforme avec ses changements de postes passe mal. Ces critiques s’étonnent aussi du changement de style entre l’archevêque de Buenos Aires et le pape à Rome.
    
La deuxième catégorie regroupe ceux qui pensent que le pape François est sincère et spontané, mais que son attitude crée la confusion parmi les croyants et sème le trouble. Ils jugent que le souverain pontife favorise l’image au détriment du fond, et que l’Eglise passe ainsi à côté de l’essentiel. Selon eux, la meilleure preuve serait que les églises ne sont pas plus remplies qu’avant.
    
Le troisième groupe réunit ceux qui n’aiment pas le pape François « et puis c’est tout ». En poussant un peu plus loin l’analyse, on comprend qu’ils opposent à la vision large de la fraternité du pape, la recherche d’une identité catholique plus forte et mieux affirmée. Ils se sentent lâchés par ce pape, alors qu’ils attendaient un soutien face à une société où ils sont en minorité. En ramenant des familles de réfugiés musulmans de sa visite à Lesbos, le pape François aurait affiché son mépris des chrétiens d’Orient persécutés.
    
(Sources : cath.ch/imedia/riposte catholique – DICI n°349 du 17/02/17)

18 février 2017

[Paix Liturgique] Sagesse africaine : «Un frère appuyé sur son frère est une citadelle imprenable»

Bénédiction de la chapelle
du séminaire diocésain de Parakou
en 2014 par Mgr Cattenoz.
SOURCE - Paix Liturgique - lettre 581- 8 février 2017

Mgr Pascal N’Koué, archevêque de Parakou au Bénin, a consacré l’éditorial du numéro de février 2017 de son magazine diocésain à la forme extraordinaire du rite romain. Publié par le Forum catholique et repris par Tradinews, nous vous invitons vivement à lire ce texte dans son intégralité (ici). Pour notre part, nous vous en proposons quelques morceaux choisis, suivis des réflexions qu’ils nous inspirent.

MORCEAUX CHOISIS ET COMMENTÉS DE L’ÉDITORIAL DE MGR N’KOUÉ
La Vie Diocésaine (diocèse de Parakou), février 2017.
a) « L’Archidiocèse de Parakou découvre petit à petit la forme extraordinaire du rite romain et s’en réjouit. »
Paix Liturgique : « Petit à petit ». Nous retrouvons dans cette formule de Mgr N’Koué la règle de la gradualité énoncée par M. l’abbé Tisma lors du premier congrès Summorum Pontificum chilien (voir notre lettre 519, du 1er décembre 2015). En procédant pas à pas, les pasteurs qui promeuvent la forme extraordinaire du rite romain œuvrent à son installation la plus paisible et durable, donc la plus fructueuse.
  
Nommé archevêque de Parakou par Benoît XVI en 2011, Mgr N’Koué avait déjà introduit la liturgie traditionnelle dans son diocèse précédent, celui de Natitingou. Appelé à l’épiscopat en 1997, à l’âge de 38 ans, Mgr N’Koué s’était vite affirmé comme un pasteur dynamique, entreprenant et traditionnel. Dans le cadre du motu proprio Ecclesia Dei, il avait notamment fait venir la Fraternité Saint-Pierre dans le diocèse dès 2003.
b) « C’est surtout à partir du 2 juillet 1988, avec le motu proprio Ecclesia Dei (voir ici) que le Pape Jean Paul II a demandé à l’Église entière de respecter en tous lieux le désir de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine de saint Pie V. Le Pape Jean-Paul II nous demandait même de faire une application large et généreuse des directives déjà publiées par le Siège Apostolique concernant l’usage de ce Missel Romain, selon l’édition vaticane de 1962. Ce rite de saint Pie V ou plus exactement de Jean XXIII a donc plein droit de cité dans l’Église. »
Paix Liturgique : « Une application large et généreuse ». Mgr N’Koué reprend ici l’expression utilisée par saint Jean-Paul II dans le motu proprio de 1988, à l’article 6, alinéa c : « On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l’usage du missel romain selon l’édition typique de 1962. » Ce souci du prélat de rappeler l’histoire du statut de la liturgie traditionnelle depuis la réforme liturgique est motivé par sa volonté de répondre à « ceux qui pensaient que ce rite tridentin était formellement interdit, définitivement mort et enterré, parce qu’il était, pensait-on, en opposition avec la messe de Paul VI » alors que, comme l’a clairement stipulé Benoît XVI en 2007 : « ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé » même si de nombreux prêtres et fidèles en ont été privés pendant des décennies.
c) « Cet attachement à l’ancien rite, quand il est vécu en communion avec saint Pierre de Rome, est un enrichissement inouï. Il a formé pendant deux millénaires de nombreux saints. Il a modelé pendant des siècles le visage de l’Église. Il est riche sous l’angle de ses prières d’offertoire, par ses nombreuses génuflexions en signe d’humilité : "l’homme n’est grand qu’à genoux", par la multiplicité des signes de croix avec la main pour rappeler constamment la puissance de la croix du Christ comme instrument de notre salut, par l’ensemble des gestes et symboles mystagogiques, par le mode de communion demandé aux fidèles. Ce rite nous plonge d’emblée dans le mystère insondable du Dieu invisible, nous place devant sa majesté et nous pousse à confesser humblement notre indignité devant sa transcendance. L’Eucharistie, n’est-elle pas à la fois sacrifice de louange, d’action de grâce, de propitiation et de satisfaction ? »
Paix Liturgique : En quelques lignes, qu’il précise un peu plus loin en insistant sur le caractère sacrificiel de la messe, Mgr N’Koué résume la quintessence de la liturgie latine traditionnelle et de sa valeur théologique et salvifique. Difficile de mieux dire.
  
Profitons toutefois de l'occasion pour rappeler ce que, dans le même ordre d'idées, le cardinal Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin, écrivait dans Dieu ou rien (Fayard, 2015) : « Il est probable que dans la célébration de la messe selon l’ancien missel, nous comprenions davantage que la messe est un acte du Christ et non des hommes. De même, son caractère mystérieux et mystagogique est perceptible de façon plus immédiate. Même si nous participons activement à la messe, cette dernière n’est pas notre action, mais celle du Christ. »
d) « J’ai entendu le cardinal Bernardin Gantin dire : "Nous les Africains qui avons connu ce rite ancien, nous en avons tous la nostalgie". En effet, le prêtre y apparaît comme l’homme du sacré, l’homme qui oriente l’humanité vers le Ciel. »
Paix Liturgique : Figure de l’épiscopat africain, le cardinal Gantin (1922-2008), Béninois comme Mgr N’Koué, a été au nombre des Pères conciliaires. Préfet de la Congrégation pour les Evêques de 1984 à 1998, il fut amené, le 1er juillet 1988, à prononcer l’excommunication de Mgr Lefebvre à l’issue des sacres de 1988. En 1997, c’est lui qui consacra Mgr N’Koué évêque de Natitingou. Il n’y a donc pas lieu de douter de la véracité des propos que rapporte Mgr N’Koué. En établissant un lien direct entre « le rite ancien » et le prêtre perçu par les Africains comme « l’homme qui oriente l’humanité vers le Ciel », l’évêque de Parakou donne à la « nostalgie » évoquée par le cardinal Gantin tout son sens : cette nostalgie, c’est celle de la transcendance perdue par la forme ordinaire, dans laquelle « le prêtre est plus porté à être un animateur de communauté »...
e) « Comme vous le voyez, c’est tout catholique qui devrait aimer les deux rites : celui de saint Pie V et celui de Paul VI. Ces deux formes sont valables et doivent être célébrées avec foi et piété. "Les deux Missels romains, bien que séparés par quatre siècles, gardent une tradition semblable et égale"(PGMR n°6). Ils peuvent donc coexister pacifiquement et s’enrichir mutuellement. Ils sont comme deux frères. Et "un frère appuyé sur son frère est une citadelle imprenable" (Prov.18, 19). Il est temps qu’on cesse de s’exclure réciproquement, de se persécuter et de faire saigner inutilement le cœur du Christ. L’eucharistie n’est pas faite pour diviser mais pour unir. »
Paix Liturgique : « Il est temps qu’on cesse de s’exclure réciproquement, de se persécuter et de faire saigner inutilement le cœur du Christ. » Pour nous, qui défendons la valeur théologique et cultuelle de la forme traditionnelle, mais qui estimons qu’il faut le faire pacifiquement, nous saluons la forte exhortation à la paix liturgique et à l’unité des fidèles de Mgr N’Koué, pasteur authentiquement soucieux de toutes les âmes qui lui sont confiées. Il l’illustre par cette belle image du « frère appuyé sur son frère » tirée du livre des Proverbes. Même si ce n’est pas exactement le propos de l’évêque de Parakou, ce pourrait être une belle allégorie d’une vraie « réforme de la réforme », dans laquelle le rite réformé se renouvellerait en s’appuyant sur le rite ancien.
f) « Sans nier l’importance des langues parlées, un peu de latin ne peut que faire du bien à nos liturgies. Les Papes et les Conciles n’ont jamais cessé de recommander l’usage de cette langue à la fois immuable et universelle dans la prière officielle de l’Église. Nous faisons partie de l’Église latine, nous l’oublions trop souvent. Le latin liturgique était un facteur d’universalité et même d’unité dans l’Église d’hier. Pourquoi ne le serait-il pas dans l’Église d’aujourd’hui et de demain. Les essais d’inculturation hâtifs et superficiels, excluant trop vite le latin, ont souvent provoqué une altération de la foi catholique dans nos Assemblées. »
Paix Liturgique : « Nous faisons partie de l’Église latine. » Il fallait au moins un archevêque africain pour nous rappeler ce caractère indélébile de notre foi catholique « et romaine » ! Cette défense de la latinité par Mgr N’Koué est d’autant plus forte qu’elle fait suite à un passage dans lequel il évoque « l’ambiance inhabituelle de recueillement » qui « frappe souvent celui qui assiste pour la première fois à cette messe ». L’enjeu, selon lui, est de remédier à « l’altération de la foi » en remettant le mystère au centre de la célébration eucharistique : « Vouloir évacuer le mystère de la célébration eucharistique, c’est oublier que c’est précisément le grand mystère de la foi : "Mysterium fidei" ! » écrit-il peu avant.
g) « S’il fallait schématiser ces deux formes, ce qui est forcément réducteur, on pourrait dire que la forme ordinaire ressemble plus à la sainte Cène du Jeudi Saint, alors que la forme extraordinaire insiste plus sur le Vendredi Saint, au pied de la Croix du Golgotha. S’il y a eu ces deux moments c’est qu’ils nous sont nécessaires. Gardons-les. Dieu ne permet rien pour rien. »
Paix Liturgique : C’est en effet « forcément réducteur » mais il est évident que la messe de Paul VI a été voulue pour rapprocher le culte catholique de « la sainte Cène » des protestants. Sans rappeler les dérives auxquelles a conduit cet infléchissement, profitons-en pour méditer cet avertissement du cardinal Sarah dans Dieu ou rien : « Si les célébrations eucharistiques se transforment en des autocélébrations humaines et en des lieux d’application de nos idéologies pastorales et d’options politiques partisanes qui n’ont rien à voir avec le culte spirituel à célébrer de la façon voulue par Dieu, le péril est immense. Car, alors, Dieu disparaît. »
h) « Comment commencer à comprendre et à célébrer les rites réformés dans l’herméneutique de la continuité si l’on n’a jamais fait l’expérience de la beauté de la tradition liturgique que connurent les Pères du Concile eux-mêmes et qui a façonné tant de saints pendant des siècles" ? Au grand Séminaire "Providentia Dei" et au Monastère des Sœurs Contemplatives de Jésus Eucharistie, la forme extraordinaire est célébrée et promue. »
Paix Liturgique : Notons au passage que ce sont deux prêtres français, l’un et l’autre largement « spécialisés » dans la célébration de la forme extraordinaire, qui officient, l'un comme supérieur du Séminaire diocésain (abbé Denis Le Pivain, du diocèse d’Avignon) et l'autre comme aumônier des Sœurs Contemplatives de Jésus Eucharistie (abbé Laurent Guimon, du diocèse de Versailles).
La question posée par Mgr N’Koué sonne comme une explication aux difficultés que rencontre la « réforme de la réforme » et, notamment, à la violente fin de non-recevoir opposée à l’appel du cardinal Sarah à célébrer ad Orientem, comme aussi le coup de frein donné à la révision les traductions liturgiques en langues vernaculaires parfois très défectueuses. L'expérience prouve qu'il est vain de vouloir faire «célébrer les rites réformés dans l’herméneutique de la continuité» sans avoir offert «expérience de la beauté de la tradition liturgique que connurent les Pères du Concile eux-mêmes»! Ce n’est évidemment pas le cas de Mgr N’Koué qui, parce qu’il soutient la forme extraordinaire dans son diocèse, en particulier au séminaire diocésain, a invité dans son message pour l’Avent 2016 (à lire ici), ses ouailles à «un tournant irréversible», à savoir abandonner «la messe face à face pour mieux goûter Dieu dans le silence».